Lorsque l’on nous demande pourquoi nous sommes tombés amoureux de l’Auvergne, nous parlons souvent des paysages, des rencontres ou du calme. Mais, au fond, je crois que ce sont les saisons qui nous ont séduits les premières.
En arrivant ici depuis le nord de l’Angleterre, nous avons redécouvert quelque chose que nous avions presque oublié : le plaisir de voir le temps passer. Là-bas, le ciel gris semblait parfois s’étirer d’un mois à l’autre, et les vêtements restaient les mêmes dans les armoires. Ici, chaque saison a sa couleur, son parfum et sa lumière.
Le Puy-de-Dôme possède même ses propres caprices. À une demi-heure de route, Issoire peut être sous un orage tandis qu’un rayon de soleil éclaire encore notre terrasse. Les montagnes et les vallées dessinent ainsi une multitude de petits climats, comme autant de nuances d’une même partition.
L’hiver arrive avec son silence. Souvent, en décembre, le Parc du Livradois-Forez se couvre d’un manteau blanc, juste à temps pour Noël. Alors, sur ce décor scintillant, notre belle dame rose semble rayonner davantage encore, comme une lanterne bienveillante au milieu de la neige.
Au printemps, tout renaît doucement. Nous guettons les premiers bourgeons du vieux tilleul qui veille sur la terrasse depuis plus d’un siècle. Les prés reverdis, les oiseaux retrouvent leur chant : la campagne s’éveille, et avec elle notre envie de jardiner, de semer, d’espérer.
Puis vient l’été. Les canicules, désormais plus fréquentes, s’installent parfois avec vigueur. Pourtant, la vieille dame continue de nous protéger. Ses murs épais et la végétation qui l’entoure gardent la fraîcheur des nuits. Sans moustiques pour troubler notre sommeil, nous ouvrons grand les fenêtres et laissons entrer l’air pur des collines auvergnates.
Et voici octobre, Automne rouge et or. Les feuilles craquent sous nos pas sur les chemins forestiers. C’est le temps des châtaignes, des noix et des trésors que la nature offre à ceux qui prennent le temps de les chercher. Nous remplissons le congélateur de châtaignes qui, quelques mois plus tard, viendront parfumer les repas des fêtes.
Car Noël est peut-être la saison que nous chérissons le plus. Le feu crépite dans la cheminée. Tim déniche, comme chaque année, le plus grand des sapins. Je pars glaner du pin, du houx et du gui pour tresser des couronnes qui parfument les couloirs de l'hôtel, le bar et la salle à manger des clients. Nous fermons quelques jours, le temps de retrouver la famille, avant de rouvrir nos portes entre les fêtes.
Ainsi va la vie à Chabanettes : une ronde paisible, rythmée par les saisons.
Et, année après année, nous attendons déjà la suivante, toujours enveloppés par la présence rassurante de notre belle dame rose, gardienne discrète de nos souvenirs passés et de ceux qui restent encore à inventer.
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