Les Chroniques des Chabanettes

Ici, nous partageons bien plus que des recettes. Nous racontons la vie d'une maison d'hôtes au cœur de l'Auvergne : les saisons qui rythment le potager, les expériences culinaires, les réussites, les ratés, les rencontres et tous ces petits instants qui font le charme de la vie aux Chabanettes. Parce que ici, ce sont souvent les instants les plus simples qui deviennent les plus beaux souvenirs. Peut-être qu'en les lisant, vous aurez simplement envie de venir nous rendre visite… ou peut-être vous imaginerez-vous vivre ici, à votre tour et écrire la suite de cette histoire.

L'histoire de Brady

« Certains collectionnent les souvenirs. Moi, je collectionne les recettes, les idées... et, apparemment, les levains. »

Lorsque nous avons ouvert les portes des Chabanettes, je n'imaginais pas qu'un simple petit-déjeuner deviendrait l'un de mes moments préférés de la journée. Voir les hôtes s'installer autour de la table, partager un café, une confiture maison ou une tranche de pain encore parfumée de la veille fait partie de ces petits bonheurs qui donnent du sens à notre quotidien.

J'ai toujours aimé cuisiner. Pas tellement parce que j'aime suivre des recettes, mais parce que j'aime créer, essayer, transformer quelques ingrédients en quelque chose d'unique.

Donnez-moi un défi, quelques produits et un peu d'imagination... et je suis heureuse pendant des heures. Parfois, c'est une réussite. Parfois... beaucoup moins !

Heureusement, j'ai la chance d'avoir les meilleurs goûteurs possibles : nos hôtes.

Au fil des saisons, ils découvrent des crumpets maison, des gâteaux au yaourt parfumés au thé Earl Grey, des puddings aux fruits d'été, des cakes salés pour les pique-niques, ou encore des puddings au pain réalisés avec les dernières tranches de pain de la veille, des raisins secs et une généreuse touche de rhum.

Aux Chabanettes, j'aime que rien ne se perde lorsque tout peut se transformer en quelque chose de gourmand. Puis un jour, sur les conseils d'un ami, j'ai décidé de me lancer dans l'aventure du pain au levain. Comme tous les débutants, je me suis posé mille questions. Est-ce que mon levain est vivant ? Pourquoi ne flotte-t-il pas ? A-t-il suffisamment de bulles ? Chaque fournée apportait son lot de doutes... et de découvertes.

Puis mon levain a reçu un prénom. Brady. Très vite, Brady a semblé avoir sa propre personnalité. Certains jours, il dégage une délicate odeur de poire fraîche, douce et fruitée. D'autres jours, surtout pendant les fortes chaleurs où la cuisine dépasse les 30°C, il devient plus vif, avec un parfum de cidre ou de vinaigre qui me rappelle simplement qu'il est temps de le nourrir.

Le levain m'a appris une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Le pain ne suit pas une recette. Il suit le temps. La température. L'humidité. La patience. Et parfois même... l'humeur du boulanger.

J'ai compris qu'aucune miche ne serait jamais exactement identique à la précédente. Il y a eu de magnifiques réussites. Quelques déceptions aussi. Des pains trop denses. Des mies trop friables. Et quelques soirées où je me demandais si j'aurais suffisamment de tranches pour le petit-déjeuner du lendemain. Je me souviens particulièrement d'un soir où tous nos hôtes avaient demandé à retrouver mon pain au levain au petit-déjeuner suivant. Soudain, ce n'était plus seulement un pain. C'était une promesse. Je me souviens avoir glissé la cocotte dans le four avec une légère appréhension, en espérant que Brady serait à la hauteur. Le lendemain matin, en coupant le pain, la croûte chantait sous le couteau. La mie était légère, bien alvéolée. J'ai poussé un immense soupir de soulagement. Tout le monde a eu sa tranche. Et plusieurs personnes en ont redemandé le lendemain. Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai compris que Brady faisait désormais un peu partie de la maison.

Mais au fond, Brady ne m'a pas seulement appris à faire du pain. Il m'a appris à ralentir. À accepter que certaines choses demandent simplement du temps. À considérer les erreurs comme une étape normale de l'apprentissage. Chaque pain m'apprend quelque chose. C'est pour cette raison que j'ai décidé de commencer ce que j'appelle désormais Le Journal de Brady. J'y note les farines utilisées, la température de la cuisine, le temps de fermentation, les odeurs du levain, mes réussites, mes erreurs et tout ce que chaque fournée m'enseigne. Parce que ce sont ces petits détails qui, peu à peu, deviennent de l'expérience. Et cette expérience finit par devenir une véritable confiance.

Je ne sais pas encore quelles seront les prochaines aventures de Brady. Peut-être des pains aux noix. Une focaccia au romarin. Des pizzas au levain. Ou peut-être quelques catastrophes qui ne quitteront jamais la cuisine ! C'est aussi cela, le plaisir de créer.

Une chose est certaine. Si vous venez séjourner aux Chabanettes, il y a de fortes chances que, quelque part dans la cuisine, un bocal rempli de bulles prépare déjà le petit-déjeuner du lendemain.

Et si vous m'entendez parler à Brady... Ne vous inquiétez pas. Ici, c'est tout à fait normal.

Les crumpets de Brady

Avant de rencontrer Brady, je ne savais pas qu'un simple levain pouvait m'ouvrir autant de portes... ni me faire retrouver un petit goût d'Angleterre.

Les crumpets sont une spécialité britannique que j'ai découverte pendant les vingt années où j'ai vécu outre-Manche. Là-bas, on en trouve partout. Ils accompagnent les petits-déjeuners, les brunchs ou simplement une tasse de thé. Avec leurs petits trous caractéristiques qui retiennent le beurre fondu, ils font partie de ces saveurs qui évoquent immédiatement de merveilleux souvenirs.

En France, en revanche, impossible ou presque d'en trouver.

Autant dire que cela me manquait.

Lorsque je me suis lancée dans l'aventure du levain, c'est un ami, celui qui m'a transmis son savoir et m'a donné envie de me lancer, qui m'a soufflé l'idée.

Comme beaucoup de débutants, je me demandais ce que j'allais faire du surplus de levain à chaque rafraîchi. Devais-je vraiment le jeter ?

« Surtout pas ! Fais des crumpets ! »

Musique à mes oreilles ces petites gourmandises anglaises me manquaient.

Depuis ce jour-là, je n'ai jamais jeté une seule cuillère de Brady.

Car cette idée correspond parfaitement à notre façon de vivre aux Chabanettes.

Ici, rien ne se perd, tout se transforme.

Le surplus de levain devient une pâte légère et pleine de bulles. Quelques minutes dans une poêle, et les fameux petits trous apparaissent comme par magie.

Le résultat est incroyablement moelleux, avec ce goût légèrement acidulé que seul le levain peut apporter.

Et puisqu'il faut parfois mélanger les souvenirs d'Angleterre avec notre belle Auvergne, ma façon préférée de les déguster est toute trouvée. Un crumpet encore tiède. Une belle tranche de jambon d'Auvergne. Et du Cantal qui fond doucement à la chaleur.

Finalement, ces crumpets racontent assez bien notre histoire.

-Un partage de connaissance.

-Un souvenir d'Angleterre.

-De bons produits d'Auvergne.

Et un levain nommé Brady qui nous rappelle chaque jour qu'avant de jeter, il suffit parfois d'un peu d'imagination pour créer quelque chose de délicieux.

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